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Le moringue du 19e siècle et son carnaval étrange mystico-rebelle

Publié par Mickaël JORON sur 25 Septembre 2019, 22:17pm

Catégories : #histoire

Un fait de société historique décrit dans l'ouvrage de l'historien Prosper Eve : "Le 20 décembre 1848 et sa célébration à La Réunion : Du déni à la réhabilitation (1848-1980), Éditions L'Harmattan, 2003 – (ISBN 978-2747500913)". Un défilé teinté de mysticisme, mené par les cafres pratiquants de moringue du Butor et du Bas de la Rivière.

Après l'abolition de l'esclavage de 1848, la liberté était encore toute relative pour l'afro-descendant de l'île de la Réunion. Surtout quand il s'agissait de la culture noire, du maloya en passant par le moringue. Le nouvel affranchi existait en cachette. Longtemps avant sa reconnaissance comme discipline sportive par les autorités en 1996, sous l'influence de Jean-René Dreinaza. Le moringue était une pratique martial purement et simplement interdite sous la période esclavagiste, puis progressivement "toléré" par les colons après l'abolition.

"Ce carnaval étrange"

Les premières traces du Carnaval réunionnais se situent durant la période post-esclavagiste, avec l'implication importante des moringèr des quartiers de Saint-Denis, plus spécialement Butor et Bas de la Rivière. Les deux ronds de moringue les plus réputés de la capitale, où parait-il l'on retrouvait deux des cinq légendaires ceintures rouges de cet art-martial. Les journaux coloniaux de 1893 usaient de propos racistes, envers ce carnaval étrange aux yeux du colon de l'époque. Ce qu'ils craignaient le plus, c'était la fascination qu’exerçait ces cafres sportifs sur la gente féminine de la caste des Gro Blan. Le jour de carnaval, ces demoiselles mais aussi ces dames se tenaient sur les balcons et aux fenêtres pour voir défiler les moringèr. Ces derniers profitaient de l'anonymat de leurs masques, pour entamer des danses lascives pour les femmes de l'aristocratie, avec des poses suggestives. C'était le moment de franchir un interdit hérité de l'ère esclavagiste, séduire une femme blanche. Les pères ordonnaient à leurs filles de rentrer au logis, face à ces gestes qu'ils qualifiaient "d'inconvenant". Le masque fournissait anonymat et protection. 

"l'entité animiste"

Le moringue n'est pas que physique , il est aussi spirituel. Les combattants étaient d'origines mozambicaines et malgaches, pour la grande majorité durant cette période post-abolitionniste. Les masques fabriquaient par leur soin, arboraient la représentation de l'entité animiste qui les accompagnait, dans les ronds de moringue. On retrouvait fréquemment les fameuses figures à deux cornes. 
La spiritualité animiste dans le moringue est fréquente. On se souvient de la ceinture rouge de la ville du Port qui jouait sur un pied, dans les ronds de l'Ouest. Ici une référence à l'Orisha Osain ou encore à la légende mozambicaine, angolaise et brésilienne de Saci pererê, l'entité qui danse sur un pied. 

Le carnaval des noirs a disparu peu à peu avec les affres des deux grandes guerres, pour connaître tout de même quelques soubresauts comme en 1966.

Mickaël JORON

 

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